La fabuleuse histoire de Dominique… Pourquoi vit-elle depuis 40 ans en Nouvelle Zélande ?

Dominique Davaux vit depuis 40 ans en Nouvelle Zélande, avec John, son mari, australien…
Je l’interviewe dans sa salle à manger, autour d’une tasse de thé (reine des prés, qui à un goût délicieusement surprenant, car de leur jardin). John, qui parle un peu le français, s’éclipse au bout d’un moment car il doit retourner s’occuper du jardin, et ne veut pas nous déranger. Elle prend le temps de me raconter et cherche certains mots français, qui ont fini par se cacher dans un coin de sa mémoire. J’ai vécu à leur rythme pour réaliser ce reportage et en suis ressortie revitalisée !

D’où viens-tu ?
D’Edna, en région parisienne, 93 qui était le 78 à l’époque.

Pourquoi as-tu décidé de partir de France ?
Car j’ai rencontré John ! Il est arrivé en France par un ami qu’il avait rencontré en Inde et qui lui avait dit de venir le voir. J’étais dans un village dans le Tarn et Garonne, où était aussi son ami.

Avais-tu déjà eu l’occasion avant de vivre plus ou moins longtemps à l’étranger ?
Non. D’ailleurs je n’avais aucune intention d’émigrer, je ne savais pas que j’étais une émigrée. Et je ne savais pas du tout où était l’Australie, et encore moins la Nouvelle-Zélande ! Dans l’avion, pour notre premier voyage, aux Philippines, sans air conditionné, nulle part lors des connections alors qu’il faisait une chaleur étouffante, je me suis dis : « Mais où on va comme ça ? On n’est pas encore arrivés ?! » Ah ! la ! la… La naïveté ! Sinon je ne l’aurais pas fait ! C’était de l’inconscience complète.

Pourquoi la Nouvelle Zélande ?
Complètement par hasard ! On est arrivés en NZ en 1980. On a vécu un an à Melbourne avant, mais John en avait marre. Avant ça il avait beaucoup voyagé en Asie et il ne supportait pas de vivre dans cette grosse ville. Il y avait trop de différence avec tout ce qu’il avait fait et vu pendant tous ces voyages, avant d’arriver en France. On a donc commencé à voyager avec une grosse voiture et une tente depuis Melbourne jusqu’au nord de l’Australie en suivant la côte est, et un peu à l’intérieur des terres. À Cairns en campant nous avons rencontré Sheila, américaine et John, anglais. Ils voyageaient avec une camionnette bien aménagée et un album de photos qu’ils nous ont montré. Dans ce dernier, John montrait les chantiers qu’il avait effectués, dont un temple réalisé à l’ouest de Sydney, dans la forêt indigène. Sur la page d’à côté il y avait une photo d’une petite maison et nous avons demandé ce que c’était. Ils ont répondu que c’était leur maison en NZ où ils ont habité pendant 3 ans mais où ils ne voulaient pas retourner. Ils voulaient la vendre. John a dit : « Oh ! Une maison à la campagne, pourquoi pas ! » Ils ont donc effectué une transaction avec un notaire néo-zélandais qu’ils connaissaient.

Vous n’aviez pas encore vu la maison ?
Non, juste quelques photos ! Puis on a passé quelque temps avec ce couple (pour ne pas les perdre de vue tout de même !), on a visité des coins magnifiques… En octobre 1981 nous sommes donc allés en NZ. Arrivés à Christchurch on s’est d’abord dit « quelle horreur !».

À Melbourne John travaillait dans les toitures et moi je m’occupais du bébé, notre première petite fille. Pour moi habiter Melbourne était comme un retour en arrière : j’ai habité à Paris jusqu’à l’âge de 23 ans (1976) puis à La Baule et au Lotte dans le Tarn et Garonne, où j’avais appris à jardiner.
À Paris, je commençais à voir « noir, noir, noir ! ». Je travaillais dans une bibliothèque où on a dû nettoyer tous les livres ! Cette poussière noire accumulée pendant toutes ces années… Et le bruit constant… Mais arrivée ici certaines choses me manquaient : les expositions, les bons films, pouvoir discuter avec les gens… Melbourne est en fait différent, pas du tout comme Paris : le CBD (quartier financier) a des gratte-ciel –encore quelques petits immeubles coincés au milieu- mais est assez petit. Autour de ça c’est la banlieue. Il fallait donc une voiture, alors qu’à Paris je marchais partout. À Melbourne les avenues étaient immenses, très larges, ça n’était pas possible de se déplacer ainsi ! Il y avait quand même des cultures différentes, par exemple un quartier avec des Turcs, des Grecs, ou le quartier italien, d’autres quartiers espagnol et portugais, vietnamien, chinois… C’est une ville dynamique avec pas mal de bonne nourriture, si tu sais où aller !
Donc arrivés à Christchurch on s’est dit qu’il n’y avait rien ! C’était le désert culturel et gastronomique ! En plus de ça nous avions conduit sur la nationale 1, qui à cette époque était vide, c’était tout rectiligne : la nationale, la voie ferrée, les lignes électriques et les haies d’arbres… On s’est demandé ce qu’on avait fait !
Mais on a trouvé que les gens étaient tellement sympathiques, aimables, serviables… Nous avions les contacts de John et Sheila, qui avaient prévenus leurs amis. Nous avons même passé la première nuit avec le notaire, sa femme et ses enfants ! Ils sont arrivés avec des aspirateurs, chiffons, balais, seaux pour nettoyer la maison. C’était à Morven. Avant c’était un bourg, à côté de la ligne de chemin de fer où il y avait dans les années 80 tout ce qu’il faut pour un village dynamique : un épicier, un charcutier, un boulanger, un tea room (café pour que les gens qui s’arrêtaient en train puissent manger leur sandwich et boire un café)… Mais quand nous sommes arrivés il n’y avait déjà plus rien du tout. Quand nous avons vu tout ces gens si sympathiques nous avons pensé que finalement c’était pas mal ! Ils ont fait venir un électricien qui a tout remis en marche, car il y avait une pompe. Et voilà, de fil en aiguille…

En avril 1982 je suis rentrée en France pendant 5 mois, 2 ans après mon départ de France. J’espérais peut-être trouver un filon qui pourrait me faire rester, mais non, il n’y avait rien ! C’était sympa de revoir tout le monde bien sûr, mais en fait je me suis dit « c’est bizarre, il n’y a aucune avenue qui puisse me retenir… Il n’y avait rien du tout, donc je suis rentrée ! ». Mais j’ai pu échapper au premier hiver ici ! Mais pas John, lui il a eu froid et travaillait pour un fermier.

Après ça on a voulu acheter une petite propriété, pas seulement un mètre cube ! Nous voulions un peu plus de terre. Nous ne voulions pas rester dans la région parce qu’il y avait trop à restaurer dans cette maison qui n’était pas vraiment pratique (pas de salle de bains, trop rustique !). À Waimate il y a quelques collines, c’est plus beau. Donc nous avons voyagé dans toute la Nouvelle-Zélande. C’était en Mars et il pleuvait beaucoup. Nous sommes donc allés de l’île du sud à l’île du nord. Nous allions d’agences de logement à agences pour visiter des maisons. Nous avons vu des endroits magnifiques mais sans trouver de propriété, avec l’idée de fonder notre ferme biologique. À ce moment-là, la spéculation pour les terres avec des plantations de kiwis rendaient ceci très cher. Nous n’avons pas trouvé malgré notre grand tour, donc nous sommes rentrés. Après ça, notre fils est né.
Le notaire qui nous avait aidé à acheter notre petite maison depuis l’Australie nous a trouvé un terrain de 15 acres (6 hectares) à Morven, où c’est aussi assez plat, mais au moins pas trop cher ! C’est comme cela que nous avons commencé… Mes parents sont venus à cette période, mais ce fût leur 1er et dernier voyage car c’était trop loin, ils ont trouvé le voyage trop long.
Une fois que nous avons aménagé nous avons eu une inondation, le 13 mars 1986. Les digues des rivières ont éclaté. Ceci est arrivé dans notre maison « neuve » alors que nous déballions encore nos cartons. Il nous a fallu plusieurs mois pour tout réparer, et nous avions les deux enfants, c’était dur. Une fois remis nous avons commencé le maraîchage biologique/biodynamique, mais nous avions besoin d’une certification temporaire. Une fois par an nous avions un inspecteur qui venait nous conseiller. Nos voisins assez âgés, « born and bread » comme on dit ici (né et grandi) là nous ont également dit comment faire, ce que nous ne pouvions pas apprendre dans les livres. Au début il n’y avait pas tellement de marché, les magasins bio n’existaient pas, il n’y avait que quelques coopératives ici et là. Il n’y avait pas de livreur non plus à cette époque. Mais petit à petit les lois ont évolué et donc les compagnies de transporteurs ont été autorisées et sont devenues de moins en moins cher. Au début nous avions surtout des légumes, dont beaucoup que les gens ne connaissaient pas, comme le céleri rave, la mâche, le fenouil. Les variétés étaient moins diverses. Nous faisions aussi pousser des plantes chinoises, comme des sortes de radis. Il a fallu « éduquer » les gens. J’envoyais des recettes. Petit à petit nos clients ont essayé les choses. Mais les carottes ont été ce que nous avons le plus vendu.
Après des boutiques bio ont commencé à ouvrir un peu partout et donc nous avons élargi nos variétés. Nous échangions parfois nos légumes avec d’autres fruits ou légumes qui ne poussaient pas vers chez nous à cause du climat, comme le panet (une sorte de carotte blanche que l’on cuit au four). Mais dans l’idée nous essayions de ne pas trop faire dépenser d’énergie en transport.

Vous n’étiez que tous les deux pour faire tout cela ?
Au début oui. Puis nous avons employé quelqu’un 2 à 3 jours par semaine.
Nous avons arrêté en 2004, ce qui fait exactement 20 ans, car nous voyions bien que si nous n’arrêtions pas à ce moment-là nous n’arriverions pas à nous reconvertir. Nous ne voulions pas attendre jusqu’à ce qu’il y ait trop de travaux à faire dans la propriété. Nous voulions qu’elle reste belle et propre, bien entretenue, qu’elle garde sa valeur. En plus pour bien s’occuper d’une grande propriété comme cela ça coûte assez cher. Par exemple après 15 ans nous avons dû faire tailler ou faire abattre les arbres plantés à notre arrivée qui prenaient trop place et faisaient trop d’ombre. Les élagueurs sont chers ! Nous avions planté nos arbres selon les conseils de livres sur la permaculture mais dans la réalité cela était un peu différent ! Les débroussailleuses et scies électriques étaient prohibées mais en fait nous utilisions quand même pas mal d’électricité et d’essence. Donc nous nous sommes dit qu’il était temps d’arrêter. Nous voulions quand même continuer de cultiver sur un plus petit terrain. Mais encore une fois ça n’était pas la période idéale pour l’immobilier. En deux mois, entre mars et mai 2004, l’immobilier a augmenté de manière frénétique ! Donc nous avons loué pendant trois ans une maison. Nous voulions faire un bed & breakfast, toujours dans la biodynamie. Nous avions même fait les plans de la maison ! Et John aurait pu donner des cours de yoga et de massages. Mais nous étions difficiles et n’avons jamais trouvé ! Finalement nous nous sommes décidés pour cette plus petite maison avec un petit terrain, où nous sommes aujourd’hui.

Et les enfants étaient partis alors ?
Notre fille est partie en France pendant 11 mois en échange de lycéens avec une association, et après ça, en 1997 quand elle est rentrée elle est allée étudier et travailler à Dunedin. Notre fils est allé étudier en 2001 à Nelson.

Et aujourd’hui ils vivent en Europe ?
Notre fille est partie en 2001 et n’est jamais rentrée. Je pensais qu’elle allait aller en France car à son retour de son échange son français était quand même assez bon. Pas assez pour passer son Bac français à Orléans, où elle était, mais quand même elle avait un bon niveau. Mais en France c’est assez compliqué. Alors elle est allée en Angleterre où elle a rencontré un anglais et où trouver un travail est plus facile qu’en France, et même qu’ici. Plus facile au niveau de l’expérience et du niveau de diplôme, ils font plus confiance. On peut aussi évoluer hiérarchiquement de manière assez incroyable. Elle est donc restée à Cambridge.
Quant à notre fils, il s’est pas mal baladé. Il a travaillé en Angleterre de 2008 à 2010 avec sa copine néo-zélandaise. Mais sa copine n’avait qu’un visa de deux ans et ils ne pouvaient donc pas rester plus. Lui il a un passeport français, par moi, un passeport australien par John, son père qui est australien et un et néo-zélandais, étant né et ayant grandi ici. Il aurait donc pu rester plus longtemps.

On peut donc avoir 3 passeports ?
Oui, mais c’est intéressant de remarquer que John, étant australien, n’est pas autorisé à avoir une autre nationalité. Il ne peut pas devenir néo-zélandais, ou perd sa nationalité australienne. Mais pour les enfants qui sont la descendance c’est possible.

Et toi ?
Je suis devenue naturalisée en 2006. Il m’a donc fallu pas mal de temps ! (rires) 1981 à 2006 ! Les gens ont d’ailleurs été surpris. Il y a eu une cérémonie avec les gens officiels, on va à la mairie, on reçoit un cadeau, on doit mettre sa main sur la bible et faire son allégeance à la reine.

Mais es-tu toujours Française aussi ?
Oui, mais je voyage avec mon passeport français.

Il y a quelques pays, tels que les Etats-Unis, pour lesquels voyager avec le passeport néo zélandais serait plus simples, étant donnés certains accords…
Ah oui ! Oui, oui, c’est vrai ! Mais bon de toute façon nous n’allons qu’en France, en Angleterre et en Australie. Mais en effet en tant que Française pour l’Australie j’ai besoin d’effectuer une demande de visa, alors qu’avec mon passeport néo-zélandais je n’aurais pas besoin.

Et quand tu es arrivée ici au début quelles étaient tes possibilités de travailler ?
Étant à notre compte, sans travailler dans le secteur d’où je venais (bibliothécaire), je n’ai pas eu de démarche spéciale à faire. J’étais mariée à John et avais mon visa (la résidence) pour l’Australie. Mais quand nous avons voulu acheter la propriété il a fallu une autorisation de Wellington, du département de l’émigration, à cette époque-là. Et peut-être que ça va redevenir comme cela car il y a beaucoup d’étrangers, trop peut-être, qui ont acheté en Nouvelle-Zélande. En 1983 il fallait des autorisations pour cela.

Comment vis-tu ton émigration ?
Pffff… C’est trop loin ! Les seuls voyages que nous avons faits étaient en 90 puis en 98. C’était 4 ou 5 mois, pour avoir le temps de voir toute la famille, de se réhabituer à la culture française et à la langue, le temps de se remettre dans le bain de tout et de bien apprécier le style de vie et tout ça. Mais en 2003 et 2007 nos retours ont été plus courts et alors on s’est dit que c’était bien trop loin et trop cher.
Le pire était en 1984 lorsqu’il y a eu « l’accident » du Rainbow warrior. On m’a fait beaucoup de blagues, les Français ont eu très mauvaise réputation et il y a eu un appel au boycott des produits français. Surtout qu’une des personnes du trio responsable s’appelait Dominique !

Que te manque-t-il de France ?
Maintenant ça va, je suis hybride. J’ai un peu plus d’histoire et connaissance de la Nouvelle-Zélande. Mais il me manque les jolis villages, les jolis châteaux, les expositions, la langue (sauf le français parisien que je ne l’aime pas tellement- mais je trouve le français du sud ouest par exemple très beau). Pour la nourriture ça va car on peut maintenant trouver du bon pain, des croissants, de la bonne huile d’olive, mais au début quand on est arrivé… Aïe, aïe, aïe ! Le vin était très cher et importé. Mais la Nouvelle-Zélande a beaucoup changé depuis ; ce qui facilite les choses. Sauf qu’il n’y a toujours pas beaucoup d’histoire…

Et la famille ?
Oui cela devient difficile, surtout avec ma mère qui est âgée maintenant, qui a du mal à se déplacer… Et aussi je n’ai jamais vraiment connu mes neveux, ou plutôt le contraire : ils ne nous ont jamais vraiment connus. Et ça, ça m’a vraiment manqué. Si nous avions vécu en France, par exemple, nos enfants auraient eu des vacances ensemble. J’ai une soeur qui a quatre enfants. J’aurais pu avoir ses enfants ici en vacances par exemple, mais ils ne sont jamais venus.
Lors de notre dernier retour, un de nos neveux a pour la première fois suggéré l’idée de venir visiter la Nouvelle-Zélande. Mais lui a déjà voyagé au Japon, donc il a l’esprit plus tourné vers le voyage.
Cette année nous avons rencontré un jeune français, Pierre, qui étudie la biologie ici et avait eu un stage pratique dans le Lot et Garonne où il connaissait des gens que je connaissais à l’époque où j’habitais là bas. Et par hasard nous nous sommes rencontrés. Il a passé un an ici et va bientôt repartir. Il a eu trois ou quatre visites en une année ! Il a le même âge que notre fils et nos neveux et nous avons développé avec lui une relation comme de neveu à oncle et tante.

Aussi aujourd’hui les moyens de communication ont beaucoup évolué, avec Skype on peut parler à la famille, n’est-ce pas moins frustrant qu’avant ?
Oui, pour nous quand on voyageait en Australie, notre seul moyen de communiquer était d’envoyer des courriers à poste restante, on devait prévenir à chaque lettre la prochaine ville où nous pourrions récupérer la réponse !

Qu’as-tu conservé de ton identité nationale ?
Je me demande ! Il faut demander aux amis !
Peut-être quelques expressions de langage, des interjections sûrement.
En parlant avec un ami japonais la semaine dernière je me suis rendue compte que dans ma vision du monde je suis très eurocentrique, alors que lui est très « asiocentrique ». Quand il parle d’apprendre un peu plus sur ses voisins, il parle de la Malaisie par exemple. Alors que moi je vois tout du point de vue de l’Europe de l’Est.

Te sens-tu intégrée par rapport à la langue?
Pour la langue oui maintenant mais pendant longtemps j’ai eu des problèmes avec l’accent tonique (et encore parfois aujourd’hui). Pendant des années j’ai eu horreur du regard des gens qui ne me comprenaient pas !

Combien d’années cela t’a pris pour te sentir vraiment à l’aise ?
15 ans au moins ! Et pour me sentir complètement bilingue 20 ans ! Et encore, j’étais bonne en anglais, c’était ma matière favorite.

Te sens-tu intégrée à la politique ?
Oui je fais partie des « Verts ». J’ai toujours été écologiste. Mais en France il n’y avait pas encore de parti vert quand je suis arrivée. Ce parti rassemble toujours au moins 7% des voies. C’est le troisième petit parti ici.

Te sens-tu intégrée à la vie ici ?
Oui, on fait partie d’une association de jardinage. Je n’aime pas tellement la manière dont l’association fonctionne : avec un président, un secrétaire, un trésorier. Les réunions sont assez formelles.
Mais on connaît beaucoup de gens maintenant. C’est l’avantage de ne pas avoir tellement bougé. Nous avons des amis américains qui ont tellement bougé que l’on se demande toujours comment peuvent-ils mettre des racines et bien connaître les gens ? J’aime le fait de savoir où trouver un artisan qui puisse nous aider à résoudre tel ou tel problème par exemple.

Te sens-tu intégrée aux traditions néo-zélandaises ?
Je les trouve moins colorées. Mais je suppose que c’est partout pareil. Du fait de l’urbanisation les traditions se perdent, c’est de moins en moins coloré partout…

Un exemple ?
Les fêtes populaires, les bals, comme le 14 juillet, ça n’existe pas ici. Et tout ce qui vient des formations religieuses. Je pense que ces choses se sont perdues quand les colons sont arrivés du fait qu’ils ont voyagé pendant trois mois en bateau, puis qu’ils étaient isolés de leur civilisation originelle par la suite.
Quoi que, par exemple, en architecture certaines constructions viennent directement d’Angleterre.
Il y a les traditionnels fish and chips (poisson frit et frites) du vendredi soir, les pubs, mais j’ai horreur des pubs !
À notre arrivée il n’y avait pas café. Depuis les 10 dernières années il y en a plein qui sont apparus.

As-tu déjà ressenti quelconque discrimination ?
Le problème du Rainbow Warrior (« Green Peace ») m’a touché.
Tant que nous étions à notre compte ça allait, mais quand j’ai essayé de trouver du travail, là ça a été beaucoup difficile. Mon nom sur mon CV (j’ai gardé mon nom de jeune fille), que personne ne sait prononcer (Davaux), sonnait faux. Dans les questionnaires que j’avais à remplir par rapport à mes études, comme il n’y avait pas d’équivalent et que personne ne connaissait mon lycée, je n’étais pas vraiment considérée car je n’avais pas un diplôme d’ici.

Vis-tu entourée de français ?
Non !

D’autres étrangers ?
Oui on a tendance à se retrouver avec des gens qui sont en biodynamie, en yoga. Et nos amis proches sont souvent étrangers (Américains, Canadiens ou Anglais), ou bien des gens qui ont beaucoup voyagé.

De locaux ?
Oui quelques-uns, des voisins…

As-tu pour projet de revenir en France ?
Des fois, on se dit « Oh oui ! ». Mais comme John a sa mère assez âgée en Australie, à 3h d’avion, nous ne pouvons pas partir, elle ne comprendrait pas. On est habitué à ici. En France ça ne serait pas évident non plus car je ne suis pas sûre que John pourrait rester vivre en France facilement. Quand même après notre grosse inondation et quelques années à vivre ici avec tout ce vent du sud froid, et la brise de l’Est qui apportait des tempêtes, je me disais qu’en France je n’aurais connu ce temps et que ça serait peut-être mieux ! Mais au moins ici on n’a pas de risque d’incendie.

Te sens-tu plutôt Française ou citoyenne du monde ?
Les deux peut-être… C’est dur de répondre à cette question.

Pourquoi as-tu fait les démarches pour obtenir la nationalité néo-zélandaise ?
Juste au cas où… Car pendant un moment il y a eu des mouvements contre les étrangers. Aussi étant plus proche de la retraite que de ma jeunesse, j’ai eu peur que les lois changent contre les étrangers par rapport aux retraites.

À quelle fréquence rentres-tu en France ?
La première fois c’était deux ans après avoir quitté la France, puis huit ans, mais c’était trop long. Tellement de choses avaient changé, même la langue ! Ensuite encore huit ans, aussi trop long ! Les gens changent aussi… Ma grand-mère était décédée entre temps. Puis cinq ans, ça allait mieux. Et après quatre ans, on fait un effort pour les 80 ans de ma mère. Puis deux ans après et c’est mieux quand c’est plus rapproché. Mais le problème était financier. Cependant nos retours étaient toujours très longs.

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