Laura Guitte, en VIE (Volontariat International en Entreprise) à Pékin.

février 9th, 2010

Laura, 25 ans, habite en Chine à Pékin depuis 2 ans et demi, après avoir voyagé en Australie et en Amérique du sud. Elle est arrivée à Pékin en juillet 2007 pour un stage dans le cadre de ses études en Relations Internationales, et a maintenant un contrat de VIE (Volontaire International en Entreprise) de deux ans au sein de l’association PFCE (Partenariat France Chine Electricité) qui représente 55 PME françaises cherchant à trouver des partenariats avec la Chine. Elle habite aujourd’hui dans un quartier chinois séduisant, au milieu des ruelles sinueuses, les hutongs, qui font le charme du Pékin ancien.

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D’où viens-tu ?

Je suis née à Lille mais j’ai grandi dans un village du beaujolais, Châtillon d’Azergues, et fait mes études supérieures à Lyon.

As-tu déjà eu l’occasion de vivre à l’étranger ?

Oui. La première fois j’avais 18 ans, je suis partie 8 mois toute seule en Australie. Je devais partir dans un pays anglo-saxon dans le cadre de mes études (j’étais en première année de master en Relations Internationales à l’ESTRI, Lyon) et j’ai choisi l’Australie, plus exotique que l’Angleterre ! Là-bas j’ai fait des petits boulots, passé un diplôme d’anglais et fait le tour de l’Australie en stop ! C’était une première expérience formidable qui m’a définitivement donné l’envie de voyager plus !

Souvent Laura se promène au bord du lac Houhai. En hiver quand le lac est gelé les pékinois viennent patiner ou se pousser sur des chaises glissantes.

Mon deuxième grand voyage était en Bolivie, pour mon stage de quatrième année, j’ai effectué un stage de 6 mois dans une ONG américaine de parrainage d’enfants à La Paz (la plus haute capitale du monde à 4000 mètres d’altitudes au milieu de la cordillère des Andes !) et j’ai adoré les coutumes, le folklore, la beauté du pays. Je me suis vite intégrée et me suis fait que des amis boliviens, ce qui a amélioré mon niveau d’espagnol ! J’ai passé les deux mois suivant mon stage à voyager dans toute la Bolivie, qui est un pays très varié (forêt tropicale, cordillère des Andes, désert, altiplano, lac de sel, mines d’or, volcans…).
Enfin ma dernière longue expatriation fut à Pékin, et j’y suis toujours ! Pour le stage de fin d’études la destination était libre. Comme j’avais appris le mandarin durant 5 ans en troisième langue, et qu’au final je ne maitrisais pas beaucoup, je me suis dit qu’il fallait que je m’améliore et je suis partie faire un stage de 6 mois à Pékin dans le département de communication de PSA. Après un gros choc culturel à l’arrivée, je me suis peu à peu habituée à la vie pékinoise, au point de chercher un VIE à la fin de mon stage qui m’a permis de rester 2 ans de plus ! Aujourd’hui j’ai déjà effectué la moitié de mon contrat.

Comment vis-tu ton émigration ?

La rue des lanternes, à quelques pas de chez Laura, surnommée aussi rue des fantômes. En chinois: Dongzhimen Nei dajie.

Lorsque je suis arrivée à Pékin en juillet 2007, je l’ai très mal vécue ! J’ai détesté la chaleur de l’été, le soleil caché par la pollution, la poussière (un an avant les JO, la ville était un gros chantier), le fait que je n’arrivais pas à m’exprimer malgré mes 5 ans de chinois, et que je ne comprenais rien non plus. Je trouvais qu’il y avait trop de monde, j’ai vomi mon premier repas et je n’avais aucun ami… pas très réjouissant !! J’ai même appelé mes parents en pleurant, ma mère m’a dit : « bon, si ça ne va pas tu rentres ! » et mon père : « tu vas voir que dans 6 mois tu ne voudras plus partir »… et il a eu raison ! Après mon stage j’ai donc cherché un VIE et maintenant j’adore vivre à Pékin ! Ce que j’aime c’est qu’on ne s’ennuie jamais, il y a tant de choses à faire ! Des temples à visiter, flâner dans les parcs et observer les chinois qui font du tai chi, chantent ou dansent, faire du vélo dans les petites ruelles qu’on appelle les hutongs, négocier des habits dans les marchés, partir en weekend à la grande muraille ou à Harbin pour le festival de glace… Avec mon salaire, j’ai aussi accès à des luxes que je n’aurai pas en France comme le coût de la vie est moins cher : aller au restaurant plusieurs fois par semaine, se faire faire une manucure ou un massage !

Le massage chinois stimule les points d’acuponcture du corps, selon la médecine traditionnelle chinoise. Comme beaucoup de chinois, Laura a pris l’habitude de se faire masser régulièrement et profite du prix plus que raisonnable.


Que te manque-t-il de la France ?

hutong

En premier lieu mon amoureux et ma famille bien sûr, et mes amis. Sinon la nourriture française me manque beaucoup ! Notamment le fromage… d’ailleurs à chaque fois que je rentre en France je me gave comme pour rattraper tout ce que j’ai loupé durant les mois où j’étais en Chine !
À part ça, la nature me manque : j’avais l’habitude de faire des ballades en forêt les week-end. Ici il y a des parcs, mais pour vraiment trouver la campagne il faut aller loin.
Aussi, l’architecture et l’ambiance de la France me manquent : les jolies rues pavées, les châteaux, les places du village où les gens jouent à la pétanque ou boivent l’apéro en terrasse… La culture également: les cinémas de quartier, les expos, les spectacles de rues et les grands festivals de musique qui s’étalent sur plusieurs jours. Et aussi les fêtes populaires comme la fête de la musique où tu écoutes un groupe différent à chaque coin de rue, ou encore la fête des Lumières à Lyon, où l’on se ballade dans les rues en admirant les façades illuminées en sirotant du vin chaud ! Ici la culture se développe mais n’est pas encore assez présente et accessible à tous. De plus, les rassemblements en groupe dans la rue sont interdits donc vous ne verrez jamais des spectacles de rue, et les festivals sont annulés au dernier moment une fois sur deux !

Qu’as-tu conservé de ton identité nationale ?

Laura est en rendez-vous avec son graphiste afin d’améliorer la plaquette de communication du PFCE. Son chinois lui est indispensable !

Je pense ma façon de voir le monde, conditionnée par mon éducation et mes études. Les français par exemple ont le goût de la contestation et de la révolte. Quand on veut faire entendre notre voix, on descend dans la rue pour manifester ! Ici cela me choque que les rassemblements de personnes soient interdits, par peur des débordements qu’ils pourraient occasionner. Les opposants au régime sont emprisonnés, des pauvres gens qui ont volé une miche de pain exécutés d’une balle dans la nuque, il y a des caméras de surveillance à tous les coins de rues, de nombreux sites internet sont bloqués par la censure… Cet aspect répressif est contraire à une de nos valeurs fondamentales : la liberté.

Te sens-tu intégrée à ta nouvelle ville, au pays, sa politique, à une communauté locale, à la culture, la langue, les traditions ?

Je me sens moins intégrée que j’ai pu l’être en Bolivie par exemple, où je n’avais que des amis boliviens et je vivais comme une bolivienne moyenne car mon seul revenu était une bourse de 390 euros par mois. De plus, la culture latine est beaucoup plus proche de la notre.
En Chine, il est difficile de se faire des bons amis chinois, car nous n’avons pas forcément les mêmes façons de s’amuser, la même vision de la vie ou de la politique. Ici à Pékin je me suis tournée assez vite vers la communauté internationale, notamment française, peut-être pour me rassurer face au choc culturel. Je me suis fait des très bons amis ici, et la plupart sont français.

Laura mange régulièrement le huo guo, traditionnel hot pot chinois : un bouillon dans lequel on cuit ses aliments sur le même principe qu’une fondue. Le huo guo est très apprécié des pékinois en hiver car il réchauffe !

Les moments où je me sens intégrée c’est lorsque je discute en chinois avec les petits vieux de mon immeuble, ou que je participe à la chorale avec mes collègues pour le spectacle du nouvel an chinois. Aussi, lorsque je fais mes courses dans les petites boutiques de mon quartier où les commerçants me connaissent et me font des prix !

As-tu déjà ressenti une quelconque discrimination ?

Non, ce n’est pas de la discrimination mais de la curiosité. Les chinois rigolent quand ils sont gênés, donc il faut garder son calme lorsqu’un chinois explose de rire car il n’a pas compris ce que vous lui disiez ! Parfois je suis excédée par les gens qui me dévisagent dans le métro, ou qui chuchotent sur mon passage « laowai ! » (étranger) mais dans ce cas je les fixe aussi ou je leur dis en chinois « de quoi l’étranger ? » et ils s’arrêtent !

Splendide vue sur Pékin à l’aube, depuis l’appartement de Laura, situé au 12ème étage d’un immeuble au cœur du vieux quartier pékinois. On aperçoit au loin les toits de la cité Interdite, la pagode du lac Beihai, et le parc de la colline de Charbon.

As-tu pour projet de revenir ?

En tout je serai restée 3 ans en Chine, donc non, je ne pense pas revenir, mais plutôt trouver un emploi qui ait un lien avec la Chine, ou carrément aller travailler dans un autre pays. L’Amérique Latine me tente encore.


Te sens-tu plutôt française ou citoyenne du monde ?

Lac Houai

Plutôt citoyenne du monde. Je ne suis pas spécialement patriote ni attachée à mon pays. J’aime tellement voyager que ce n’est pas un but pour moi de revenir vivre en France. Je pourrai très bien m’installer dans un autre pays.

A quelle fréquence rentres-tu en France ?

L’année dernière j’ai accompagné des groupes de chinois en France à trois reprises, ce qui m’a permis d’en profiter pour poser des congés, j’ai eu beaucoup de chance ! Si je n’avais pas eu cette opportunité, je ne serai rentrée qu’une fois. Mes parents viennent me voir chaque année quel que soit le pays où je me trouve et mon chéri a attrapé le virus de la Chine : il arrive bientôt et cette fois pour un long moment !

Peux-tu nous révéler quelques « curiosités » chinoises, des plans à ne pas manquer à Pékin?

Curiosité culinaire loufoque: quand j’ai des amis ou la famille en visite je les emmène toujours au marché de nuit de Wangfujing où sont alignés sur toute une rue une multitude de stands proposant des mets très spéciaux: brochettes de vers à soie, de scorpions, d’étoile de mer, hippocampes, des serpents mais aussi des choses plus appétissantes comme des fruits ou des beignets frits à la banane!

Scorpions et hippocampes à déguster en brochettes grillées à Wangfujing.

Au temple du Ciel des habitués jouent au dominos, profitant de quelques rayons de soleil hivernaux.

Des habitués jouent aux dominos dans le parc du temple du Ciel.


A ne pas rater:
ce que je préfère à Pékin c’est me promener dans les petites ruelles ombragées de la vieille ville, appelées hutong. Elles datent du XIIIème siècle et représentent un tiers de la superficie de Pékin, malheureusement beaucoup de hutongs ont été démolies à l’approche des JO de 2008 afin de construire des projets immobiliers. Les hutongs ont une ambiance très particulière et joyeuse: les personnes âgées se regroupent pour jouer à des jeux de société et les badauds s’attroupent pour suivre le jeu, les enfants jouent au cerf volant, des cordonniers sont installés en pleine rue, les vendeurs de charbon conduisent leurs charriots en hurlant pour se frayer le passage, et l’on peut admirer les siheyuans qui sont des magnifiques cours carrées entourées de groupes de maisons où vivent des familles entières sur plusieurs générations.

Coutume locale:
lors des repas d’affaires ou entre amis, il est normal de faire des gan bei (cul-sec) de petits verres de bai jiu. Le bai jiu est l’alcool de riz chinois (littéralement « alcool blanc ») entre 38 et 65° au goût absolument affreux! En général, pendant le repas, chaque convive se lève, tour à tour, afin d’inviter les autres à trinquer. L’avantage est la convivialité mais le risque est de sortir du repas très imbibé car il est très difficile de refuser!

À quelques pas de chez Laura.

Hutong de nuit

Le plus incroyable: le nouvel an chinois Selon le calendrier chinois luni-solaire, le nouvel an chinois débute le premier jour d’une nouvelle lune, chaque année entre le 20 janvier et le 20 février. Pour l’occasion les chinois ont une semaine de congés. Chaque année, le spectacle est sublime et j’admire les feux d’artifices qui éclatent par centaines dans tout Pékin depuis mon balcon, et nous sortons entre amis pour les admirer au dessus du lac Houhai, et pour faire péter les nôtres aussi! Le soir du nouvel an chinois (cette année il va tomber le 14 février) il est même dangereux de sortir!! Il n’y a aucune réglementation et les chinois achètent les pétards rouges attachés ensemble (les  » mitraillettes ») par rouleaux de 1 000 ou 10 000! Le sol est alors complétement rouge, recouvert de papiers à pétard, et on a vraiment l’impression d’être dans un pays en guerre, car les explosions sont incessantes et durent toute la journée et toute la nuit pendant une semaine!!! C’est irréel!

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Harold Thibault, journaliste à Pékin.

février 1st, 2010

Le premier reportage du projet Insider : « outsider »? enfin en ligne! Toutes les photos dans la galerie : Portraits:  « Harold Thibault ».

Je vous invite également à aller lire un article publié sur ce projet sur le site www.francaisdumonde.com
http://www.francaisdumonde.com/infos-expatries-anais-chaine-photographe-a-la-rencontre-des-francais-de-l-etranger-560.asp?1=1&IdBloc=1&Commentaires=1#Commentaires

Et n’hésitez pas laisser vos commentaires!

Dans un boui-boui chinois où Harold prend souvent ses pauses déjeuner. Les baguettes sont de rigueur !

Dans un boui-boui chinois où Harold prend souvent ses pauses déjeuner. Les baguettes sont de rigueur !

Entretien avec Harold Thibault, journaliste pour le site aujourdhuilachine.com

Le 12 janvier 2010, dans un boui-boui chinois, où Harold se rend souvent pour sa pause déjeuner.

Après le bac il est passé par une fac de droit à Paris pendant 2 ans, et a profité d’un programme d’échange avec le Vietnam où il a effectué une partie de ses études. Le niveau de vie étant moins élevé dans ce pays,  il en a profité pour voyager et est tombé sous le charme de l’Asie. Ensuite il a suivi un master à la Sorbonne et s’est décidé à devenir journaliste. Après un stage au journal « Le Monde » au service international à Paris, il s’est rendu à Pékin avant les J.O de 2008, où on avait besoin de lui. Il travaille désormais pour le site aujourdhuilachine.com.

Comment ça se passe dans ton travail ?

Ca me plait, les gens sont sympas, il y a une bonne ambiance. C’est mieux comme travail que ce que j’aurais trouvé en France. J’aime la dimension internationale qu’il apporte. J’ai l’impression de connaître la France déjà plutôt bien et découvrir la Chine m’intéresse davantage pour le moment. Le gros problème est que je ne parle pas la langue, mais je découvre la culture chinoise…

. L’immeuble rose, sur la route quotidienne d’Harold pour se rendre au travaille.

L’immeuble rose, sur la route quotidienne d’Harold pour se rendre au travail.

Commences-tu à parler un peu le chinois ?

Je connais quelques bases mais ne peux pas avoir de longues conversations. Pour mes entretiens professionnels, il y a une script.

Sinon je fais traduire les articles dont j’ai besoin ou me débrouille avec « google trad », mais je ne comprends pas tout ce qui se passe autour de moi… J’ai tout de même pris quelques cours et entamé quelques échanges linguistiques : tu bois un café avec un chinois et tu parles un moment chinois, un moment français… Mais le chinois est très compliqué et est difficile à apprendre.

Est-ce que ceci ne te frustre pas ?

Beaucoup de Chinois ne parlent ni français ni anglais. Le nombre de Chinois qui parlent bien l’anglais à Pékin est restreint; ce qui limite le nombre d’amis chinois que tu peux te faire. Mes amis chinois ne correspondent pas à la « moyenne ». Ils ont étudié ou vécu à l’étranger, et du coup n’ont pas forcément le même regard sur leur pays que la moyenne des Chinois. Par ailleurs, ce pays, puisque grand et par son passé est assez peu ouvert sur l’extérieur. Du coup même si tu rencontres des Chinois qui te trouvent sympa, tu ne deviendras jamais vraiment un des leurs, tu resteras un étranger. Ceci dit les Chinois sont très sympas, ils plaisantent beaucoup, sont agréables. Mais on reste étranger et ceci se lit sur notre visage. Dans un restaurant local, tu es discrètement observé, tu es une « curiosité ».

Dans le Dashanzi Art District, cette chaise enneigée est à l’image du froid pékinois !

Dans le Dashanzi Art District, cette chaise enneigée est à l’image du froid pékinois !

À quelle fréquence retournes-tu en France ?

En moyenne deux fois par an, 2 semaines. Je ne suis pas très bien payé mais j’ai sept semaines de vacances par an et peux donc voyager dans les alentours. Je suis parti par exemple 4 semaines en Indes, avec mon meilleur ami d’enfance.

Ma mère, mes cousines et une amie sont venues me rendre visite. Mais la destination « Pékin » ne fait pas rêver les gens comme si j’habitais en Thaïlande… Il fait très chaud l’été, trop froid l’hiver…

Considères-tu ta vie à Pékin comme « un long voyage » ou… davantage ?

C’est une grande question ! Souvent les jeunes étrangers arrivent embauchés par des grosses entreprises avec des contrat de 2 ou 3 ans et savent donc qu’un jour ils vont rentrer. Ma position est différente car mon métier m’intéresse exclusivement à l’étranger et donc ma condition pour rentrer en France est de pouvoir repartir à l’étranger. Et, je ne suis pas sûr que ceci soit possible ! Donc la question est « quand est-ce que je rentre » ?! Sachant que plus je reste ici, plus je rencontre de gens et et plus j’ai de contacts dans mon milieu et donc de chances de réussir… Alors que si je rentre en France je serai considéré comme « personne ».

Les restaurants à Pékin sont à un prix très abordable, ce qui permet à Harold de souvent retrouver ses amis français ou étrangers là bas, plutôt que de partager un dîner chez les uns ou chez les autres.

Les restaurants à Pékin sont à un prix très abordable, ce qui permet à Harold de souvent retrouver ses amis français ou étrangers là bas, plutôt que de partager un dîner chez les uns ou chez les autres.

En même temps, déterminer son temps de vie à l’étranger est un vrai dilemme ! Les amis que tu rencontres sont des étrangers auxquels tu t’habitues, et aussi tu t’habitues à ce qu’ils partent…

Qu’est-ce qui te manque en France ?

Pékin est une grande ville internationale. Donc la nourriture ne me manque pas. Ce que j’adore en France, à Paris, qu’il n’y a pas ici, c’est que c’est mignon, il y a des petites rues, les gens sont habillés avec du style, ce qui est super sympa. En Chine la vie quotidienne est peu raffinée, bien que les Chinois soient très fins d’esprit. On ressent qu’ils sont dans « une grande masse ».

Aussi pouvoir acheter un « vrai journal » au coin de la rue est quelque chose qui me manque ! Ici il n’y a que deux journaux qui dépendent directement du gouvernement… Il n’y a que deux journaux en anglais également, où les articles s’adaptent aux étrangers, les propos sont un peu plus libres, mais ça reste une machine de propagande…

Dans un taxi, moyen de transport qu’Harold utilise souvent, il est rapide et très peu cher. Harold prend des notes pour son prochain article.

Dans un taxi, moyen de transport qu’Harold utilise souvent, il est rapide et très peu cher. Harold prend des notes pour son prochain article.

Qu’as tu conservé de ton « identité nationale » ?

Même si j’habite et vis ici, m’y sens bien, dans le fond je suis venu en « observateur »… Donc je pense que, où que tu ailles, tu gardes ta nationalité. Je suis avant tout un Français : je le reste dans ma façon de penser, dans mes valeurs, comme par exemple dans ma conception de la vie de couple : de se marier ou non, d’avoir des enfants ou non… qui ne sera jamais celle des Chinois. Comme aussi dans la façon de voir la politique : en France nous sommes assez cartésiens, on a besoin de se poser des questions, de chercher les divergences, d’argumenter. Les Chinois cherchent plutôt la convergence, pour que les relations soient harmonieuses et que tout se passe bien dans les discussions.  Ceci m’amuse, j’aime bien l’observer, mais je sais que je ne deviendrai jamais comme ça.

As-tu déjà ressenti des discriminations ?

Je ne parlerais pas de discrimination. Les étrangers ici sont généralement plus riches que les Chinois, mais il y a un certain respect de la réussite occidentale, même s’ils critiquent ou ne comprennent pas toujours le mode de vie occidental. L’Inde et l’Afrique sont beaucoup moins bien considérées.

Au Art District, le 798, quartier de Pékin qu’Harold aime beaucoup : de nombreuses galeries d’art se sont installées dans ces anciennes usines, sur plusieurs kilomètres carrés, où de grands noms de l’art contemporain, comme des artistes inconnus exposent. Dans l’exposition de la galerie Paris-Pékin, l’artiste Wen Fang illustre une expression qu’ont les chinois, qui fait allusion aux situations les pires que l’on puisse imaginer : « il pleut des couteaux ». (cf . http://www.parisbeijingphotogallery.com/main/fr/rain.asp où l’artiste raconte). Cette œuvre intitulée « Pluie, Prophétie et Crise », l’artiste interroge le développement économique à outrance dans lequel nous sommes engagés et surtout les conséquences écologiques qui en résultent. C’est une pluie de couteaux, acide et tranchante, qui tombe du ciel. Comment nous prémunir des crises et catastrophes qui s’annoncent ? Dans un monde interdépendant, nos protections ne sont que des leurres et nos masques se révèlent inefficaces. L’artiste en tisse une toile d’araignée qui s’élève au-dessus de nos têtes, menaçante.

Au Art District, le 798, quartier de Pékin qu’Harold aime beaucoup : de nombreuses galeries d’art se sont installées dans ces anciennes usines, sur plusieurs kilomètres carrés, où de grands noms de l’art contemporain, comme des artistes inconnus exposent. Dans l’exposition de la galerie Paris-Pékin, l’artiste Wen Fang illustre une expression qu’ont les chinois, qui fait allusion aux situations les pires que l’on puisse imaginer : « il pleut des couteaux ». (cf . http://www.parisbeijingphotogallery.com/main/fr/rain.asp où l’artiste raconte). Cette œuvre intitulée « Pluie, Prophétie et Crise », l’artiste interroge le développement économique à outrance dans lequel nous sommes engagés et surtout les conséquences écologiques qui en résultent. C’est une pluie de couteaux, acide et tranchante, qui tombe du ciel. Comment nous prémunir des crises et catastrophes qui s’annoncent ? Dans un monde interdépendant, nos protections ne sont que des leurres et nos masques se révèlent inefficaces. L’artiste en tisse une toile d’araignée qui s’élève au-dessus de nos têtes, menaçante.

Te sens-tu plutôt Français ou citoyen du monde ?

Je me sens « Français », ce qui ne signifie pas que je sois complètement d’accord avec ce qui se passe en France. En étant à l’étranger j’ai l’impression d’avoir plus de recul sur la France, plus qu’avant. « Citoyen du monde » ne m’évoque pas une définition pertinente… me fait plutôt penser à une mode « Manu Chao ».

Je suis clair sur le fait que je suis Français.

En Chine, physiquement, culturellement, gastronomiquement, et sur tout, la différence est importante, donc tu es certain de savoir que ça n’est pas dans tes racines.

Harold s'est mis à la "mode" pékinoise : il a investi dans un vélo à moteur pour ses petits déplacements.

Harold s'est mis à la "mode" pékinoise : il a investi dans un vélo à moteur pour ses petits déplacements.

Hello world!

octobre 25th, 2009

Projet de reportages photographiques et de témoignages autour de migrants français qui racontent comment ils ont réussi, quelque part, ailleurs dans le monde, en 2010. Alors que nous sommes en plein cœur d’un débat sur l’identité nationale…

Contactez moi : contact@anaischaine.com

Hugo Cucciolito, apprenti cuisinier.

© Anaïs chaine, Mai 2009 Reportage au restaurant «La Maison des Mouettes», Aytré.